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Article – Bourgogne / Magazine du patrimoine, de l’histoire et de l’art de vivre
mai/juin 1998 – textes : Eric Perruchot / photos : Jean-Luc Petit

Le Cinéma de Jacques Le Roux

Les siècles ne comptent pas pour le calligraphe Jacques Le Roux.
Il est à la fois le familier des moines copistes du Moyen Age, l’admirateur des peintres d’Asie, l’ami de Diderot et de d’Alembert qui, au XVIIIème siècle, définirent dans leur « Encyclopédie » l’art de former de beaux caractères d’écriture. Jacques Le Roux, qui habite un hameau de la Bresse, entre l’Ain et la Saône-et-Loire, est aussi le complice épistolaire de nombreux héros de cinéma. Il prêta, par exemple, sa plume au baroque « Cyrano de Bergerac », le temps du film de Jean-Paul Rappeneau.

Il fut également la main experte du libertin Valmont, mis en scène par Milos Forman, qui écrivait à sa jeune conquête, ou encore le greffier impassible dans le Colonel Chabert, interprété par Gérard Depardieu. Le lien qui permet à Jacques Le Roux de nouer autant d’amitiés à travers les siècles est la calligraphie. Il trace les mots avec la même dextérité qu’autrefois, quand les seuls moyens d’écriture étaient la plume d’oie ou la pointe de bambou trempées dans l’encre.

Cette main pourtant n’est pas ailée comme les talons du dieu Mercure. L’art que le calligraphe pratique n’est pas divinatoire. Il tient simplement, entre le pouce et l’index, une plume taillée en biseau pour « découvrir les secrets perdus des mouvements de la main des scribes inconnus », dit-il dans un de ses poèmes aussi beau à lire qu’à voir. Dans cette discipline artistique, le signe graphique vaut autant que sa signification. La page, noircie dans un bruissement de plume qui gratte le papier, devient dès lors un poème visuel, œuvre d’un lecteur inspiré. Jacques Le Roux se dit d’ailleurs « écriturien », un mot de son invention traduisant mieux que « calligraphe » la part de liberté verbale du poète et la maîtrise du peintre qui éxécute, comme les calligraphes chinois, des motifs à l’encre. Alors que cette pratique est délaissée depuis plus d’un siècle au profit d’autres moyens plus modernes de transcription, le cinéma a retrouvé la magie poétique de ceverbe incarné. « Pour adapter le roman épistolaire du XVIIIème siècle Les Liaisons dangereuses, le cinéaste Milos Forman cherchait quelqu’un qui sache tailler une plume d’oie et écrire avec », raconte-t-il pour expliquer sa brusque aventure cinématographique. Ce fut le premier film, sur un palmarès de 10, où il intervint en spécialiste de la composition calligraphique. Sur les plateaux de tournage, son rôle n’est surtout pas celui d’une vedette, encore moins celui d’un figurant. Il est l’accessoiriste très particulier chargé de composer de belles pages manuscrites et de fournir aussi aux comédiens les précieuses plumes d’oie, finement taillées par ses soins. Dans le Colonel Chabert, d’Yves Angelo, d’après le roman de Balzac, il quitta même les coulisses pour jouer quasiment son propre rôle devant les caméras. « J’ai été transporté dans la situation d’un clerc de notaire, en train précisement d’écrire cette écriture que j’admire tant. Pour moi , la réalité a dépassé la fiction. »

Dans les Années lumières, de Roberto Ennco, sa rencontre avec LouisXVI, au château de Chantilly, où était tourné le film, est stupéfiante. « Alors que j’écrivais une lettre au roi, je vis apparaître, dans un souffle au-dessus de moi, Louis XVI avec le grand cordon du Saint-Esprit qui me tendait la main. Hébété, je mis un genou à terre en disant « Sire », sans même me rendre compte que c’était simplement l’acteur. »

Cette subjuganteapparition n’était pourtant pas un leurre. Elle révèle une vision sublimée de l’humanté où le temps peut être transcendé. Il s’agit de « retrouver sa mémoire et la trace des signes qui nous relient aux autres », écrit-il dans un poème.

La calligraphie, qu’il apprit à l’école du Louvre, est pour lui un art de vivre, tel un voyageur qui aurait traversé les siècles et aurait gardé de cet incroyable passage une humilité infinie. Même dans sa voix, fluide comme une encre légère, et par son sens de l’accueil lorsqu’il reçoit un visiteur, transparaît la communion qui est le cœur de sa démarche artistique. Tous les humanistes et les peintres, maîtres comme lui en calligraphie, semblent près de lui chaque fois qu’ il prend la plume. Sa main devient celle de Molière ou celle de Corneille, dont il a réstitué les graphies pour les besoins d’un film. Avec les mêmes mouvements de poignet, il retrace les mêmes mots, les mêmes incertitudes ou la même nervosité dans l’écriture, traduisant ainsi leurs états d’âme.


Jacques Le Roux est aussi une sorte d’archéologue des techniques anciennes d’écriture. Le calame taillé dans le roseau, dont se servaient les scribes dans l’Antiquité, est aussi l’instrument familier du calligraphe. « Les Egyptiens trempaient longtemps la pointe du roseau dans du sulfate de fer pour qu’elle durcisse. Elle peut être aussi trempée dans un bain de sable chaud, qui fait fondre toutes les graisses », explique Jacques Le Roux, qui a retrouvé ces procédés anciens. Les plumes d’oie, de canard, de jars ou de paon qu’il utilise nécessitent aussi une longue préparation. Leur taille, qu’imitent les plumes d’acier utilisées par des générations d’écoliers, exige aussi tout un savoir-faire étudié dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert.

Cette perfection recherchée, même par les copistes besogneux des siècles passés, est pour Jacques Le Roux un moyen de création. Les pages manuscrites très anciennes qu’il a retrouvées chez des bouquinistes servent de support à des dessins ou à des illustrations graphiques. Les comptes rendus dressés au siècle dernier par les ronds-de-cuir sont chevauchés de couleur : rouge, bleue, marron et or, tirée du cinabre, du cobalt, de la garance ou de l’ocre. « Ce sont des hommages à ceux qui ont écrit avant moi », explique le peintre, qui se fait enlumineur. Par ce biais, il revient aux sources de la langue, en peignant aussi des « totems », sorte d’idoles de bois transportant jusqu’à nous l’imaginaire de tout un peuple. Il est fasciné par les arts d’Océanie, d’Afrique ou d’Amérique précolombienne, mais les légendes racontées sur ce bois brut sont aussi bretonnes ou bressanes, comme ses racines familiales. Les bambous qui poussent au fond de son verger inspirent son œuvre. Le bruissement des branches lui évoque les milliards de frottements de calames qui s’agitèrent entre les doigts des peintres et des scribes depuis que le monde est monde.
Dans chaque chose, il voit une écriture et un dialogue incessant, continu, même avec les civilisations perdues.

































































Article Jacques Le Roux
Revue Plumes le Magazine de l’écriture et du stylo
N°18 Avril / Mai 1998
Visite d’Atelier par Valérie Marchand

Jacques Le Roux Les flâneries d’un rêveur solitaire

Ami de Pierre Seghers, René Char, Mauricee Coutot, et du célèbre collectionneur Charles Zadok, Jacques Le Roux a fait de sa vie une œuvre d’art... Rencontre avec cet “écriturien” qui expose actuellement à Annecy.

Direction : le sud de la Bourgogne, les méandres de la Saône, des collines boisées et une maison perdue tout au fond de son silence. Après avoir vécu, pendant des années, à la périphérie de Paris, Jacques Le Roux a choisi de s’aventurer au plus près de sa parole et de ses songes, dans un pays mythique, à deux pas de Cluny et des vestiges de Solutré, à Chavannes-sur-Reyssouze où son ami,, Pierre Perret, un facteur à la retraite, vient lui livrer sa provision de plumes d’oies.
Ces plumes qui ont fait son passeport sur les plateaux de cinéma, on les retrouve dans un film, réalisé récemment par Michel Fesler sur maître Paillasson dont le petit livre “L’art d’écrire” fit le succès de Dideerot et d’Alembert. Jacques Le Roux parle d’ailleurs avec émotion de ce tournage dans le château de Paul Claudel à Brangues. Il se souvient des heures perdues dans la bobliothèque, de l’atmosphère de chaque pièce et de l’intensité avec laquelle il a dû ressusciter des pleins et des déliés. Mais pour l’heure, l’homme a oublié le feu des projecteurs. Il reste et il demeure ce qu’il est : un artiste-poète, passionné de chimie et de transmutation, un disciple du clair obscur qui sait reconnaître, en chaque homme, un ami. Ses visiteurs, il est vrai, sont des hôtes de la dernière heure. Ce sont des rêves d’écriture, des promenades encore non définies où le passé toujours présent, nous convie à la poésie des signes.
Quand l’art d’écrire devient une machine à remonter le temps...
C’’est un peu un refuge des quatres saisons, une escale revigorante, ce “Balcon en Forêt” que Jacques Le Roux a choisi pour résidence principale. Entre les murs de cette maison familiale, on ne se sent jamais seul. Il est vrai que les pièces sont peuplées de présences, chaleur de l’âtre et de la cuisinière à bois, outils de jardin, objets cent fois aimés, offerts par les amis de toujours ou par les hôtes de passage. Dans le prolongement de l’atelier, une grange abrite des milliers de toiles, mais aussi des gravures, des galets, des écorces d’arbres ou des totems qui attendent patiemment leur heure avant de retrouver peut-être l’espace du jardin. En haut, dans le grenier, c’est le laboratoire aux écritures, des malles remplies de parchemins anciens, des manuscrits sauvés in-extremis de la décharge, ou même des talismans éthiopiens auxquels Jacques Le Roux voue une sincère admiration. “Il m’est arivé, nous dit-il, une chose extraordinaire. Il y a quelques années en faisant les brocantes, on m’a annoncé que la famille de Mailli voulait vendre son château. Il y avait à l’intérieur de cette demeure, plusieurs malles remplies de lettres manuscrites. Tout de suite jai été alerté et sans même savoir la somme dont je disposais, j’ai laissé mon adresse à ce brocanteur. Trois mois plus tard, je reçois une lettre qui n’avait pas été écrite à la bonne adresse. On m’’indiquait que la vente avait lieu dans la journée. J’ai aussitôt emprunté une voiture et je me suis retrouvé devant des papiers datant de Louis XIV !” Comme la petite histoire rejoint souvent la grande histoire, Jacques Le Roux suit toujours le destin, les yeux fermés. Ainsi, se retrouve-t-il du jour au lendemain confronté au monde du cinéma pour ressusciter le geste de ceux qui furent les officiants de la mémoire : scribes inconnus, secrétaires anonymes des actes notariés, délaissés par la chronologie parfois fragile de nos livres. “Au cinéma, il y a des contraaintes inévitables. On doit tenir compte de tel ou de tel plan et réaliser ce qui, du premier abord, peut paraître impensable. Pour Thomas Jefferson, j’ai mis plus d’une semaine pour concevoir le graphisme d’une signature, ainsi que les quatres motts qui étaient mis en musique. “ De Valmont” au “Colonel Chabert”, de “Cyrano” au “Hussard sur le toit”, Jacques Le Roux a su se mesurer à toutes les pointures, mais sa rencontre avec l’écriture remonte à ce regard qu’il eut, à l’âge de sept ans, pour des facs-similés de manuscrits : “Il y avait un livre sur l’écriture d’Albert Salmain. J’ai longuement rêvé devant l’entremêlement de ces lignes qui se surajoutaient les unes aux autres et je me souviens d’avoir dessiné au crayon autour de cette écriture...” Plus tard, ce sera l’apprentissage des couleurs auprès d’un père pharmacien, des séjours en Indochine, puis aux Beaux-arts, le déchiffrement des volumes et des corps : “A l’âge de douze ans, mon père m’aa appris à broyer les couleurs, à préparer le verni des toiles et à fabriquer mon encre. Nous restions des heures dans l’ombre de l’officine. Je me souviendrais toujours de cette atmosphère à la Rembrandt où chaque objet, chaque entité, se révélait dans la pénombre. Il y a quelque chose de magique à penser qu’un homme se recrée par la quête de la substance. L’eau est purifiée par la substance des roches. Il en est de même pour la pensée qui se revitalise au contact des objets. Pour moi, tout acte d’écriture, tout acte de mémoire est un voyage au centre de la terre...” Se définissant comme un “écriturien”, c’est à dire comme un artiste qui s’inspire de l’écriture, Jacques Le Roux est on ne peut plus éloigné des écoles et des chapelles. Croyant en la tradition mais non aux traditionalistes, préférant la transmission à la pédagogie, Le Roux se défend d’être un autodidacte et récuse toute forme de dogmatisme : “Je m’intitule écriturien parce que j’écris sur des paysages graphiques encore en devenir. Je dis souvent qu’on ne fait qu’obéir en écrivant. Il m’est arrivé de faire des milliers d’essais avant de fabriquer la bonne encre. De même, il y a des plumes qui sont bien taillées mais qui n’écrivent pas. En fait, c’est toujours la plume qui décide et, à ce moment là, il faut être prêt... C’est un peu comme dans le domaine de la grâce ou de la religion...”

UNE ALCHIMIE DE SOLITUDE

Dans son grenier aménagé en bureau,surgissent des liasses de papiers, papyrus froissés, feuilles et parchemins jaunis, bocaux et flaacons remplis de pigments, sans oublier un établi d’enfant où figurent encore quelques ooutils. Jacques Le Rooux avoue n’avoir jamaais quitté ce premier compagnon de jeu. Peut être lui communique-t-il le chemin vers une forêt mythique ?

Sans doute a t’il besoin de sentir la sciure, la proximité de l’equerre et du rabot, les traces d’un élément premier, une charpente qui lui communique les songes d’un autre monde. “Cet établi ne m’aa jamais quitté.Il est au centre de cette pièce, non pas comme un mur de séparation, maais comme un lien entre les différentes étapes de ma vie.” Mais qu’on ne s’y trompe pas,les meilleurs amis de Jacques Le Rooux, ce sont les mots, ces vaguelettes d’écume noire qu’il ciselle et sculpte dans la poussière des songes. “Quand j’étais enfant, le mot “papyruss” était, pour moi, une parole votive, le mot de passe vers une contrée magique dont j’ignorais tout mais qui me semblait aussi présente qu’un talisman. Ce qui m’intéresse, c’est le début en chaque chose. C’est la présence du monde au coeur d’une pensée. C’est l’’histoire que je ne connais pas mais qui commence déjà avec le geste. “ Il n’est alors pas d’abri plus sur que le papier. Ces strates végétales, Le Roux en connaît jusqu’au moindre contour. Il aime séduire les traces claires, celles que l’on discerne parfois sur le papier à la forme. Il aime conquérir, tracer sa route, suivre la sensualité des lignes. Son écriture à lui, penche toujours vers cet appel. Ses lettres rondes, un peu penchées, suivent la course profonde de la source. “Quand vous cassez une noix de Galle, vous obtenez un jus tannique qui, mélangé à du sulfate de fer, produit de l’encre... Cette opération fait sourire plus d’un chimistee. Pourtant, il n’y a rien de plus beau...”. Cet émerveillement d’enfant pour la métamorphose, fait de cet artiste le conquérant d’un espace, en apparence, minuscule, mais toujours porteur de ses immensités. Nulle hâte, cependant, dans cette route. Nulle précipitation, dans ces alliances alchimiques. Le Roux est un sage, un interprète de l’autre signe, le sourcier de toutes les heures passagères. “En fait, ce qui me fascine, c’est l’alliage entre le support, en l’occurence le papier, et l’outil. Ce cérémonial, on l’observe dans l’écriture mérovingienne. C’est au moment où disparaissent les calames et les papyrus, qu’arrivent le parchemin et la plume d’oie. Il y a donc une passation entre deux mémoires, celles de l’orient qui utilisait le noir de fumée et celle de l’occident qui redécouvre l’encre de fer. En 1820, quand naissent les plumes métalliques, apparaît un nouveau type de papier. Cela vous indique à quel point une substance est vivante.” Il en est de l’écriture comme d’une musique. On la voudrait évidente, inscrite depuis toujours, et l’on s’aperçoit qu’elle façonne chaque heure de notre vie. Le Roux sait donc qu’il ne faut pas brusquer les choses. La rivière des mots ne se fait entendre qu’une seule fois. Et, c’est cet instant-là, cette mélodie secrète, informulée, que tout calligraphe cherche à retrouver. Qu’importent alors les barrières de la rationalité, les étiquettes et les justificatifs. La poésie est un art qui ne s’apprend pas et Jacques Le Roux n’entend pas être différent de ce qu’il est : un voyageur solitaire, une âme en éternelle errance. La solitude du calligraphe, son inaptitude à se confondre avec les mythes de la modernité, n’est pas un synonyme de ténèbres. Elle est peuplée de mille et un soleils. Elle est comme la vie, l’expression imminente de puissantes synergies, la traduction d’une parole ou d’un silence, à l’infini...



Articles sur « Plumes » de Michel Fessler
Un portrait délicat du calligraphe de Chavannes Jacques Le Roux,
en compagnie de son ami facteur.

« Le Progrés » par Antoine Rousset

Si vous êtes chez vous ce samedi ou si vous avez un magnétoscope pour l’enregistrer, ne manquez pas à 15h15 « Plumes », le protrait du calligraphe Jacques Le Roux sur France 3.
Ni pour nous, ni pour vous, il est un inconnu ce peintre poète qui revient régulièrement dans sa maison de Chavannes sur Reyssouze. C’était en juin dernier, il y a trois mois jour pour jour, nous vous les avions présentés dans ces colonnes, lui et son ami facteur à la retraite, Pierre Perret, son fournisseur de plumes d’oies. Des plumes qui lui ont servi sur plusieurs plateaux de cinéma, ceux de Valmont, de Cyrano de Bergerac, et tout récemment du Colonel Chabert que Depardieu est en train de tourner.
Fatalement, avec un sujet comme celui-là, la télévision ne pouvait être qu’intéressée. Elle s’en est saisie cet été, pour sa collection Mémoires sur France 3, et c’est Michel Fessler qui vint faire raconter à Jacques Le Roux, son histoire, sa passion pour les écritures anciennes, les enluminures, les totems, les bambous qu’il dessine depuis trente ans en assurant qu’il faut bien tout ce temps pour en réussir les feuilles et la tige.
Bien sùr, il a fait se rencontrer le facteur Pierre Perret et son ami le peintre avec toute une « meute » d’oies pour créer l’ambiance dans les premières (et superbes) images de ce film de 26 minutes qui nous a été présenté en avant-premières dans les locaux de France 3 à Lyon.
La sensibilité du réalisateur s’est bien accordée à celle de l’homme dont il avait à faire le portrait, ce qui permet à Jacques Le Roux de s’exprimer passonnément et très pédagogiquement aussi sur cet art de l’écriture à la plume d’oiseau qui a été toute sa vie.
Comment bien tailler une plume d’oie, comment faire en sorte que l’encre s’écoule normalement jusqu’au bout, comment la tenir ensuite et comment retrouver sous cette plume naissante, prête à déssiner ses premières lettres, les pleins et les déliés de ces écritures parcheminées?… C’est là l’un des secrets de Jacques Le Roux qu’il vous dévoile dans ce film. Pourrions-nous tous dès lors en faire autant ? Pas sûr.
C’est un peu comme ces recettes de grand chef qui apparaissent faciles à éxécuter sur le papier mais qui restent finalement une affaire de spécialistes.
Et puis, c’est toute la simplicité de ce calligraphe talentueux qui ressort des images de ce film, sa façon d’évoquer ces scribes des origines dont il se veut être un lointain et modeste disciple, sa jeunesse de langage, et son cœur qui vibre quand il sent le cœur des autres, de ceux qui l’aiment, s’ouvrir à lui. Tout cela, il le dit parfaitement. Et nous en ressentons encore plus de joie de vous l’avoir fait découvrir ce jour de juin avec Michel Raymond et Hubert Giuliani.
Oui, ne manquez pas ce « Plumes » de Fessler, samedi.



« Le Monde » par J.-J. L.

Histoire de plumes.
Cela commence au pas de l’oie. Cette écritoire ambulante défile sur ciel de Bresse avec le troupeau de ses congénéres.
Le film de Michel Fessler parle, en effet, de plumes d’oie et de celui qui les taille et les manie avec tout le savoir d’une tradition perdue : le calligraphe Jacques Le Roux.
On comprend vite, à travers les images sensibles du réalisateur, que poue cet homme singulier qui façonne délicatement son outil, élabore subtilement ses encres, écrire n’est pas un geste ordinaire mais un art de vie, une philosophie reliant le présent au passé. Le voilà, dans sa maison familiale de Chavannes-sur-Reyssouze, dans l’Ain, en accord avec les paysages de l’enfance, les gens du coin et avec des civilisations lointaines dans l’espace ou le temps.
Ce qui ne l’empêche pas de mentionner l’influence qu’exercèrent sur lui les surréalistes et d’être ouvert à la modernité. Sur des parchemins, il mêle aux caractères anciens, qui sa fanent dans la rousseur de l’encre, des signes et des couleurs de son invention. Il scuplte des mots et des figures évoquant l’Amérique indienne sur de grands totems qui sont des monuments d’aujourd’hui.
Cet homme de tradition fréquente aussi souvent les plateaux de cinéma pour des films dans lesquels son art de calligraphe à l’ancienne est requis.


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